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Le moulage en plâtre :
Les artistes thysdritains se sont illustrés
par la réalisation de plusieurs uvres en stucs
dont certaines sont demeurées jusque-là uniques
en leur genre comme ces petites consoles en plâtre exposées
dans les vitrines : les unes représentent trois personnages
en relief : un aurigevainqueur brandissant une couronne, un
chasseur et un personnage avec un objet globulaire (une outre
ou une besace ?) ; une autre figure une tête de pan.
Une très belle tête de Méduse en stuc
peint d'une rare finesse d'exécution et dont les couleurs
ont conservé tout leur éclat et leur fraîcheur
est sans doute issue du même atelier. La Méduse
avait le pouvoir de pétrifier tous ceux sur lesquels
se posait son regard. Tuée par Persée, sa tête
fut offerte à Athéna qui la porte sur son bouclier.
Comme celui-ci, cette tête avait un pouvoir protecteur
que recherchaient les propriétaires de l'impressionnante
demeure du quartier central de Thysdrus dont elle ornait le
triclinium (salon-salle à manger).
On peut également signaler une tête
de lion rugissant, grandeur nature, portant encore des traces
de peinture. Elle est impressionnante tant par la taille que
par l'habileté d'exécution des détails
de la crinière et de l'ensemble des traits de l'animal.
Une statuette en plâtre, provenant d'un enclos funéraire
réservé aux enfants morts en bas âge retient
aussi l'attention par sa grande finesse et son attitude pleine
de grâce : c'est une déesse trônant sur
un siège et tenant une grande ou un coing d'une main
et peut-être un sceptre (disparu) de l'autre.
Le travail du plâtre a donné lieu
en même temps à la confection de nombreux moules
d'animaux dont un notamment de coq de grandeur nature, très
adroitement déssiné. Mais la découverte
la plus intéressante fut celle de masques mortuaires
en plâtre chargés d'une grande puissance d'émotion.
Il y a lieu de signaler, à cet égard, un moule
qui a très peu ou nullement servi et qui a été
appliqué sur le visage d'un homme mort dont il conserve
et restitue les traits avec une grande fidélité.
Ces traits sont ceux du visage moulé d'un homme mort
prématurément et de manière violente.
L'étude anthropologique a montré qu'il s'agit
d'un autochtone (berbère) qui a dû mourir vers
le milieu du IIIe s. ap. J. C. Aucun autre moyen classique
de portrait, comme la sculpture ou la peinture n'aurait pu
atteindre un tel degré d'authenticité dans la
représentation d'un type d'homme précis appartenant
à une époque historique déterminée.
Le tirage moderne opéré à partir du moule
antique est de ce point de vue très éloquent.
Ce moule a été découvert
en même temps et dans le même atelier qu'un moulage
antique de femme. La physionomie de celle-ci a le réalisme
des portraits mais elle est frappante par son aspect lugubre
: traits tirés, bouche contactée, expression
du visage figée, muscles de la mâchoire et du
cou rigides. Ce moulage est incontestablement tiré
d'un masque mortuaire et présente à l'état
brut un aspect ingrat et effrayant. Aussi était-il
l'objet de toutes sortes de retouches et de maquillages :
on marquait l'iris que l'on peignait en noir, on creusait
la pupille dans laquelle on incrustait une matière
translucide et colorée comme le verre ou le mica pour
recréer le regard. On dessinait les cheveux et dans
certains cas on dotait la tête de cheveux véritables.
On essayait ainsi de donner l'impression de vie. Dans le cas
précis de ce moulage, les retouches avaient bien été
commencées (cheveux et yeux dessinés, pupille
creusée) mais n'avaient pas été achevées
(traits du visage encore figés et nombreux défauts
de finition, aspérités, coulées de plâtre,
rugosités). Bien entendu le fard, ultime opération,
n'a pas été appliqué.
Ces masques mortuaires sont liés à
la vie familiale et aux pratiques funéraires et religieuses.
Un véritable culte était voué aux ancêtres.
Aussi les images des morts ou " imagines " étaient-elles
nécessaires tant pour l'accomplissement des rites funéraires
que pour toutes autres manifestations de la dévotion
des descendants. Exposées à l'endroit le plus
en vue de la maison, on les sortait chaque fois qu'un événement
important était célébré et on
les faisait participer aux diverses cérémonies
et notamment aux enterrements des membres de la famille.
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